En direct du Movement Festival à Turin

tsugi | Di Tiphaine Lachaise

Turin, ville de techno ? La capitale du Piémont italien se définit elle même comme “le petit Berlin de l’Italie” et la vitalité de la ville semble avoir trouvé son point d’orgue avec la tenue du festival Movement à l’occasion d’Halloween. Deux espaces purement techno, une scène réservée aux grands maîtres de ce style (Jeff Mills, Derrick May…), et pour se détendre les oreilles, un espace house tenu d’une main de maître par le trio français Apollonia. Retour sur une édition impressionnante remplie de sorciers, de zombies et de très bons DJs.

Choisir de tenir un festival un jour comme Halloween réserve quelques surprises. Si en France l’événement passe relativement inaperçu, on s’est rapidement rendu compte que c’était loin d’être le cas en Italie. Déjà parce que les enfants déguisés parcourant les rues du centre historique de la ville étaient nombreux, se bousculant de boutiques en boutiques à la recherche de bonbons. Mais surtout, parce qu’une bonne partie du public semblait avoir eu la même idée : se servir d’Halloween pour arriver déguisé à ce qui promettait d’être la soirée du mois. Zombies, sorcières, mais également des squelettes et masques étranges parcouraient les allées de l’énorme hangar qui accueillait les festivaliers.

Ces déguisements posent cependant quelques problèmes. Déjà parce que si les lieux sont grands, il y a rapidement beaucoup de monde qui s’agglutine face aux différents DJ booths, faisant monter la température. Aussi, les maquillages de plus ou moins bonnes qualités ne tiennent pas tous et parfois au détour d’un mouvement de foule ou d’un geste malheureux, on se retrouve le poignet recouvert d’une épaisse marque blanche… C’est particulièrement vrai dans la scène house, présidée par le trio Apollonia en grande forme. Seule vraie pièce close du festival, la plus petite scène aux murs capitonnés de tentures jaunes prend rapidement des airs de fournaises. Le public est plus clairsemé que dans les autres salles mais tout de même agglutiné à proximité des portes afin d’aller rapidement fumer / s’aérer. Entrer dans ce lieu est en soi un petit chalenge qui ne laisse pas notre gilet indemne. Par contre, on est ravi de trouver ce havre réconfortant pour nos oreilles parfois un peu lassées de la techno qui règne dans les autres salles.

Second point négatif, des plaisantins ont semble-t-il cru que venir déguisé leur permettrait de se comporter comme le personnage qu’ils incarnent. A ceux venus déguisés en clowns, sachez que non, passer la totalité d’un set à souffler dans un sifflet n’a rien d’amusant, et encore moins quand il s’agit du live de Phuture venu présenter la réédition de leur EP mythique, We Are Phuture, sorti en octobre de cette année. Surtout, ce live sert d’hommage pour de nombreux spectateurs à l’un des membres du trio, DJ Spank-Spank, décédé en septembre 2016… On peut comprendre la joie d’être présent à cette réunion de famille des créateurs de l’acid house, leur prestation est d’ailleurs marquée par des titres forts (“Acid Tracks”, “We are Phuture”…), mais le sifflet, vraiment, c’est non ! De même, on reste bouche-bée de l’attitude d’un homme capable d’envoyer son verre vide en direction du DJ booth lors du passage de main entre DJ Pierre – autre mythique de Phuture – et l’alien Jeff Mills -qui servira d’ailleurs un set d’une grande finesse.

Evidemment, ces attitudes sont loin de représenter l’intégralité du public italien. La bonne humeur est ainsi de mise lors des sets de Lollino – terminant par le joli remix de Carl Craig du morceau “Your live Will set You Free” de Caribou. Et c’est encore plus vrai avec Kink. Son set reste marqué par son morceau “Chorus” qui apportera une touche énergique que l’on retrouvera tout du long, en fil rouge, jusqu’à l’apothéose : ce sample du remix de SNBRN du titre “Perculator” de Cajmere. Ce n’est que le début de la soirée, mais déjà cela annonce un excellent moment, l’ambiance entre le public et l’artiste étant à son apogée. Les échanges sont nombreux, le DJ s’amuse à présenter chacun de ses instruments à un public très réceptif.

La décoration des lieux n’a, elle, pas été pensée pour célébrer les sorcières. Au contraire, les scènes, impressionnantes car très grandes, semblent avoir été réfléchies pour que l’espace paraisse encore plus immense. Les salles sont comme habitées par des ombres et des effets de VJing : losange, rectangle, couleurs nombreuses… Rien n’est laissé au hasard pour étourdir les spectateurs. Les salles sont si grandes, qu’il est en général compliqué d’avoir une vue nette des DJs que l’on devine plus qu’autre chose. Pour arriver au premier un rang, c’est un vrai périple, en particulier pour le set de clôture de l’une des salles les plus impressionnantes où Ben Klock et Marcel Dettmann sont en symbiose musicale. Le set débute à 3h30, et lorsqu’on arrive, la salle est bondée. On a du mal à avancer jusqu’à la scène bloquée au fin fond, derrière l’espace VIP. Alors que le set avance, des éclaircies se créent dans le public nous permettant d’avancer jusqu’à atteindre les premiers rangs. Il est alors 6h du matin, et on vient d’assister à l’un des meilleurs moments du festival : 2h30 d’une techno pure, tout en rouleaux et volupté capable de nous tenir éveillé et même de nous émerveiller. Et si c’était ça la magie ?

Meilleur moment : Manger une part de pizza à 4h du matin en revenant vers Marcel Dettmann et Ben Klock après le début du set de Derrick May, juste parce qu’on peut. La vita è bella !

Pire moment : Ne pas pouvoir se rendre à l’after-party parce qu’on doit déjà rentrer en France. Une erreur qui n’arrivera pas deux fois !

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By | 2017-10-04T23:15:32+00:00 November 3rd, 2016|Uncategorized|0 Comments

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